Comment prendre de meilleures décisions?

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Comment prendre de meilleures décisions?

« Si j’avais su… j’aurais agi différemment » ou « C’était censé améliorer notre situation, mais on n’a jamais été aussi surchargés, aussi fragiles financièrement! » Ces réflexions vous sont-elles familières? Je les ai entendues des dizaines de fois.

Combien de décisions d’affaires se révèlent ainsi des décisions d’enfer? Association, expansion massive, trois traites par jour, diversification, intégration de la relève, etc. Comment se fait-il que certaines décisions permettent d’améliorer la rentabilité de l’entreprise et la qualité de vie de ses propriétaires, alors que d’autres ne créent que soucis et stress, diminuent la rentabilité et détériorent la qualité de vie?

Mieux entourés que jamais

Pourtant, nous ne manquons pas de moyens pour nous aider à prendre une décision d’affaires éclairée. Nous sommes entourés d’experts offrant plus de données technico-économiques que ce que nous ne pouvons assimiler. Nous avons accès à une foule d’information grâce à internet. Nous pouvons nous comparer aux voisins, aux agriculteurs québécois et même aux Américains. Et pourtant, il nous arrive encore trop souvent de nous tromper. Pourquoi en est-ce ainsi?

Prendre en considération les impacts sur soi et autrui

Dans nos analyses exhaustives sur nos projets, aussi complètes qu’elles puissent nous paraître, nous oublions trop souvent la dimension humaine entourant nos décisions. Nous ne considérons pas nos valeurs, nos intérêts, nos objectifs, notre personnalité, notre santé physique et mentale, les forces et les limites de chaque individu dans notre entreprise, les ressources internes et externes, les obstacles et les imprévus.

La recette du succès

Un des problèmes majeurs auquel nous faisons face est celui du marketing. On nous présente des recettes de gâteaux qui semblent si alléchantes. Voilà qu’il nous faut essayer « le gâteau au chocolat belge 4 étages ». Il apparait partout autour de nous : aux colloques et dans nos revues. Nous observons des voisins qui l’ont cuisiné et oh combien ils « semblent » heureux.

De leur côté, les experts nous encouragent à le concocter. Ils nous disent que nous allons l’aimer « ce gâteau » et que c’est que ça nous prend. Ils connaissent vraiment ce que « nous aimons ou n’aimons pas », savent ce qui nous rendra heureux et ce dont nous avons besoin, car ce sont des experts au final, non?

Malheureusement la recette ne tourne pas toujours comme nous l’avons imaginé. On nous offre des recettes de succès déjà concocté. Par contre, nous oublions de considérer tous les ingrédients qui viennent interférer dans le résultat escompté et après avoir mis le gâteau au four, on se rend compte parfois que :

1. La recette a coûté beaucoup plus cher qu’estimée, à cause des « tant qu’à »,
2. Cuisiner le gâteau, c’est beaucoup plus stressant et complexe qu’on ne l’avait imaginé,
3. Il n’est pas toujours aussi bon qu’on ne l’imaginait.

En prenant une décision d’affaires, avons-nous considéré tous les impacts sur les personnes autour de nous? Quels seront les impacts sur un enfant avec des problèmes d’apprentissage, sur une conjointe dépressive ou sur un conjoint affligé de troubles anxieux? Quelles sont les chances de succès d’une association avec un partenaire qui a une personnalité narcissique (centré sur lui-même, manipulateur, agressif et incapable de prendre une critique)? Et notre relève, quelle est la garantie qu’elle restera?

Désolé mesdames et messieurs, mais la réponse n’est aucune. La génération Y est de plus instruite, elle a de plus en plus d’attentes et tolère moins les frustrations de la vie. Elle veut davantage profiter de la vie et n’est pas prête à sacrifier tout pour sa carrière. Les recherches démontrent que la génération Y occupera plus d’emploi avant l’âge de 30 ans, que les Baby-boomers durant toute leur vie. Donc, prévoir un projet d’affaires de quelques millions de dollars sur la base de la motivation de votre fils qui a 16 ans est sans doute un « pensez-y-bien ».

Une décision qui ne nous convient pas

Combien d’entreprises prennent de l’expansion pour réaliser après coup qu’il y a une pénurie de main-d’oeuvre ou que la gestion de ressources humaines est un trop grand défi? Qu’arrive-t-il quand on réalise qu’on est épuisé, que madame est exaspérée et qu’elle menace de s’en aller à moins d’un changement important? Qu’est-ce qu’on fait lorsqu’on se rend compte que notre tolérance au stress est inférieure à ce qu’on pensait : que l’on dormait bien avec 1 million de dettes, mais qu’avec 3 millions de dettes on fait des attaques de panique en pleine nuit?

Malheureusement, cette réalité est celle de plusieurs. Celle que personne ne dit parce qu’on en a honte. Celle qui n’apparaît jamais dans un plan d’affaires.

Concocter une recette selon nos besoins

En somme, un expert ne devrait pas nous vendre une recette de gâteau toute faite, mais nous aider à prendre le temps d’examiner les ingrédients que nous avons dans notre garde-manger. Notre réalité peut être fort différente de celle du voisin ou de celui sur la première page de la revue. Nous devons savoir que tout projet s’inscrit dans un système. Nous devons prendre conscience qu’il y a des impacts réels au sein de notre vie et notre milieu.

Commencez par vous poser certaines questions qui méritent d’être soulevées en rapport à votre projet :

1. Quelles sont vos motivations?
2. Quels seront les conséquences et les impacts sur :

• Votre santé physique et psychologique?
• Votre milieu : votre conjoint, vos enfants, vos employés, vos associés?
• Votre environnement et sur la société au sens plus large.

3. Que doit améliorer ce projet?

• En quoi cette amélioration est-elle importante?
• En quoi répond-il à vos valeurs, à vos besoins, à votre mission d’entreprise ou de vie?

4. Quels sont les obstacles que vous allez rencontrer?
5. Quelles sont vos ressources actuelles et quelles sont celles dont vous aurez besoin (temps, argent, équipement, énergie, main-d’œuvre compétences, etc.) ?

• Comment allez-vous vous les procurer?
• Quelle est votre marge d’erreur?
• Est-ce irréversible?
• Est-ce nécessaire, utile ou pertinent?

6. Qu’arriverait-il s’il n’y avait pas de projet?

• Quelles pourraient être les alternatives à celui-ci? Est-ce que vous pourriez trouver autre chose à moindre coût (temps, énergie, argent, risques) pour répondre à vos besoins?
• Quels avantages et quels inconvénients présentent ces alternatives, par rapport au projet initial? Dressez la liste des pour et des contre.

7. Quel sera le prix de ce changement? Le prix englobe, en l’occurrence, tout ce qui peut éventuellement être engendré. Par exemple, vous devez tenir compte du « stress », car tout changement, quel qu’il soit, génère du stress, argent, énergie, etc.

• Quelles seront les pertes versus les gains?
• Suis-je réellement prêt à payer le prix du changement?
• Comment est-ce que je réagis habituellement, face au changement?

Pensez aux autres :

8. Qui sont les autres personnes concernées par ce projet?

• Ont-elles été consultées ou impliquées et sont-elles volontaires?

9. Qu’ont-elles à gagner ou à perdre?

• Quel sera le véritable prix à payer pour elles? Sont-elles prêtes? Peuvent-elles ou désirent-elles en payer le prix?

L’atteinte d’objectifs exige différentes ressources. Dressez-en la liste, de manière aussi réaliste et précise que possible. Plus vous serez en mesure de répondre de façon précise à ces questions, plus votre probabilité de réussite sera élevée.

Dressez votre liste d’ingrédient
Alors, même si la recette de gâteau du voisin « a l’air de marcher », avant de la copier, vous devriez examiner attentivement quels ingrédients vous possédez. Sinon, vous risquez de faire une indigestion. Il se peut qu’un gâteau de deux étages au lieu de quatre soit ce qu’il vous faut. Parfois, le dernier étage est de trop et le gâteau s’écroule.

De plus, même si vous avez tous les ingrédients nécessaires pour ce fameux gâteau 4 étages, il se peut que vous ne l’aimiez pas et que vous préfériez votre bon vieux pouding chômeur.

Le succès ne se copie pas : il se crée à partir de ce que nous sommes, de notre réalité et de ce que nous désirons. Et rappelez-vous qu’au final, c’est vous qui allez le manger ce gâteau. Il est mieux d’être à votre goût, sinon vous risquez l’indigestion!

 

À propos de l’auteure

Pierrette Desrosiers est psychologue du travail, conférencièreformatrice et coach d’affaires depuis plus de 20 ans. Elle est spécialiste des entreprises familiales et accompagne plusieurs entreprises dans le transfert d’entreprise agricole.

Dans sa boutique, elle offre des outils sur pour le développement de l’intelligence émotionnelle pour les individus ou les entreprises.

 

 

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